Il y eut entre-temps beaucoup de cavernes sombres et de chambres obscures où des images plus ou moins effrayantes semblaient naître de la nuit. Il y eut la caverne de Platon, les apparitions fantastiques arrangées par les magiciens, les chiromanciers et quelques escros. Il y eut les spectacles d'écran: la "camera obscura" dans laquelle on s'enfermait pour observer l'image renversée du monde extérieur, le spectacle d'ombres très populaire en Asie et la lanterne magique dont la dénomination est déjà tout un programme. Si la fascination provoquée par le cinéma s'inscrit dans la descendance de ces spectacles marqués au sceau des "démons et merveilles", l'invention technique est plus récente et fait appel à des réalités plus prosaïques. La démarche rétrospective nous amène à en retrouver les sources dès la première moitié du XIXe siècle et dans des disciplines diverses: les recherches sur la persistance optique et la mise au point des jouets de salon qui en découle, les perfectionnements de la photographie (surface sensible et support), l'analyse photographique du mouvement (chronophotographique) et les progrès de la projection.
Edison, le premier, va rassembler les éléments de ce puzzle composé de pièces hétéroclites et inventer le film.
Mais faute de vouloir - ou pouvoir? - projeter ces images photographiques sur un écran, le "sorcier de West Orange" ne pourra pas prétendre au titre disputé d'"inventeur du cinéma".
